Paru le lundi 24 janvier
2011 sur Cyberpresse/La Presse
Source :
www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201101/23/01-4362983-traitement-de-lautisme-une-qualite-de-service-inegale.php
Traitement de l'autisme: une
qualité de service inégale
Ariane
Lacoursière
La Presse
Depuis 2003,
tous les enfants autistes du Québec sont aidés
de la même façon: de 2 à 5 ans, chacun reçoit
jusqu'à 20 heures d'intervention comportementale
intensive (ICI) par semaine dans les centres de
réadaptation en déficience intellectuelle de la
province. Mais outre le fait que plusieurs
experts remettent en question l'efficacité de
cette technique, aucun contrôle de qualité n'est
fait sur le terrain, a appris La
Presse.
L'intervention comportementale
intensive offerte chaque année à plus de 800
enfants autistes du Québec ne fait l'objet
d'aucun contrôle de qualité de la part du
gouvernement, a constaté La Presse. Conséquence:
la qualité des services offerts dans les centres
de réadaptation en déficience intellectuelle
(CRDI) varie grandement d'une région à
l'autre.
«L'intervention comportementale
intensive (ICI) n'est pas appliquée correctement
et uniformément partout. Certains établissements
font n'importe quoi», estime Nathalie Poirier,
professeure de psychologie à l'UQAM et
spécialiste de l'ICI. Depuis 2003, cette
approche est utilisée auprès des enfants
atteints d'un trouble envahissant du
développement (TED) de 0 à 5 ans du Québec afin
d'accélérer leur développement.
Lundi
dernier, La Presse s'est rendue dans une
garderie de Longueuil pour voir comment la
petite Céleste Odalis, 5 ans, répondait à l'ICI.
Tous les jours depuis septembre, l'éducatrice
Isabelle Gagnon passe quatre heures avec
Céleste. La petite parvient maintenant à
résoudre des casse-têtes plutôt complexes. Mais
à l'exception de bruits diffus, elle ne parle
pas. «C'est ce qu'on appelle une enfant autiste
non verbale», résume Mme
Gagnon.
L'intervention a fait beaucoup de
bien à Céleste. La petite qui faisait
constamment des crises s'est calmée. Assise face
à Céleste à une petite table, Mme Gagnon tient
un crayon dans une main et un toutou dans
l'autre. Elle demande à Céleste de pointer le
crayon. La petite s'exécute. «Bravo!» crie Mme
Gagnon. L'intervenante fait cet exercice plus de
30 fois par jour. «Chaque fois, le crayon doit
être dans ma main droite. Si je le change de
côté, ça devient trop difficile, note-t-elle.
Céleste ne le trouve pas.»
Même si les
progrès de Céleste semblent minces, son
intervenante estime que la petite a beaucoup
progressé. «Elle parle maintenant avec des
pictogrammes, ce qu'elle ne faisait pas avant»,
affirme-t-elle.
Si Céleste semble avoir
bénéficié de l'ICI, Sophie Bellemare présente un
tout autre point de vue. Mère d'un jeune
autiste, elle estime que l'ICI n'a apporté aucun
bénéfice à son enfant. Elle ne sait pas qui
montrer du doigt. Mais elle est déçue. «Les
nombreuses heures d'ICI n'ont pas donné les
résultats escomptés», dit-elle.
«Il y a
une grande disparité entre la qualité des
services offerts dans les différents CRDI du
Québec», dit Normand Giroux, professeur de
psychologie à l'UQAM. «Certains sont
incroyables, et d'autres font dur»,
tranche-t-il. Selon lui, il est inacceptable que
la province ne fasse aucun contrôle de qualité
dans les CRDI.
La directrice générale de
la Fédération québécoise des CRDI, Diane Bégin,
reconnaît que ni le ministère de la Santé ni les
agences de la santé ne vérifient directement la
qualité des programmes d'ICI, dont les coûts
s'élèvent à 25 millions par année. «C'est la
responsabilité des établissements d'appliquer
les programmes convenablement»,
dit-elle.
Les établissements partagent un
«guide de pratiques». Mais Mme Bégin reconnaît
que chaque région fait face à des situations
particulières. Par exemple, certains CRDI
manquent cruellement de personnel et ne peuvent
pas appliquer l'ICI selon les normes. Des
établissements n'offrent pas les 20 heures par
semaine par enfant qui sont recommandées. «Ils
préfèrent donner un peu moins d'heures, mais à
un plus grand nombre d'enfants pour diminuer les
listes d'attente», note Mme Bégin.
Car
les listes d'attente sont longues. La moitié des
enfants attendent un an et plus après avoir reçu
leur diagnostic avant de commencer
l'ICI.
Six heures de moins
Alors
que les normes recommandent 20 heures par
semaine d'intervention directe, la moyenne
provinciale est plutôt de 14 heures, selon M.
Giroux, qui qualifie la situation
d'«inacceptable». «Ça manque totalement de sens.
Les 20 heures sont essentielles pour assurer la
qualité des résultats. C'est comme si une femme
prenait la pilule anticonceptionnelle juste le
vendredi: ça ne fonctionnerait pas»,
dit-il.
Dans son rapport publié en
octobre 2009, la protectrice du citoyen a
dénoncé le fait que l'ICI est comprise et
appliquée de multiples façons dans la province.
La protectrice a indiqué avoir obtenu «autant de
définitions de l'ICI que d'intervenants
interrogés». La Presse a vécu la même situation
au cours de la préparation de ce dossier. La
Société canadienne de l'autisme estime aussi que
«l'absence de normes nationales prive les
personnes atteintes d'un TED de l'accès
universel à des traitements identiques partout
au pays», peut-on lire sur le site internet de
l'organisme.
Cyberpresse/ La Presse 24 janvier
2011
Source :
www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201101/24/01-4363067-et-les-adultes-autistes.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4362678_article_POS3
Et les adultes autistes?
Ariane Lacoursière
La Presse
Aline
Moreau est mère seule d'un autiste de 23 ans
nommé Simon. Selon elle, il est déplorable que
le Québec concentre toutes ses ressources pour
intervenir auprès des enfants de 0 à 5 ans et
qu'il n'aide pratiquement pas les adultes
autistes.
Lourdement atteint, Simon a
tout de même en poche un diplôme de cinquième
secondaire. «Mais il est passé d'une année à
l'autre sans rien comprendre. Il a les acquis
d'un enfant de sixième année», estime sa
mère.
La communication entre Mme Moreau
et son fils est difficile. «Quand je ne le
comprends pas, il devient violent»,
dit-elle.
Au cours des dernières années, Mme
Moreau a souvent été victime des colères de son
fils. Elle a eu deux commotions cérébrales et
cinq doigts cassés. «Au lieu qu'il aille dehors
et passe sa colère sur n'importe qui, je l'ai
toujours laissé m'agresser. C'est ma façon de le
protéger», dit-elle.
En mars 2009, les
colères de Simon étaient devenues ingérables.
Mme Moreau avait besoin d'aide, mais ne savait
pas vers qui se tourner. «Personne ne voulait le
prendre», se souvient-elle. C'est finalement un
centre qui aide les jeunes délinquants qui a
accueilli Simon quelques jours.
Depuis,
Mme Moreau a déménagé à Joliette. «Je me suis
acheté deux appartements dans la même rue.
J'habite dans un condo et mon fils dans l'autre.
Je n'aurais pas pu m'acheter deux condos à
Montréal parce que c'était trop cher»,
raconte-t-elle. Pour aller travailler dans la
métropole, Mme Moreau doit faire de trois à
quatre heures de transport par jour.
«Je
dois appeler Simon à 9h30 pour le réveiller.
Puis à 10h30 pour lui dire de faire sa
vaisselle. Je dois faire deux épiceries, deux
lavages. C'était plus simple de l'avoir chez
moi. Mais je ne pouvais plus. C'est la solution
que j'ai trouvée», dit-elle. Mais cette solution
hypothèque sa qualité de vie et sa santé
financière. «Le gouvernement ferme les yeux sur
les autistes après 5 ans. Le réseau scolaire n'a
pas les ressources pour les aider correctement.
Et devenus adultes, les autistes sont laissés
pour compte», dit-elle.
Fondatrice de
l'entreprise ConsulTED et elle-même autiste,
Brigitte Harrison affirme que les autistes
adultes sont actuellement «dans les quatre P». «
«Ils sont en prison, en psychiatrie, chez leurs
parents ou au paradis», dit-elle. Mme Harrisson
juge déplorable que le gouvernement diminue de
façon draconienne les services aux autistes
quand ceux-ci ont plus de 5 ans. «C'est comme si
on disait aux jeunes diabétiques qu'après 6 ans,
ils n'auraient plus d'insuline... Ça n'a pas de
bon sens», dit-elle.
Le Dr Sylvain
Palardy dirige une clinique de pédopsychiatrie
au Centre hospitalier universitaire
Sainte-Justine. De 35% à 40% des enfants qu'il
voit sont atteints de TED. Selon lui, il est
aberrant que le gouvernement paie pour 20 heures
d'intervention comportementale intensive aux
enfants de 0 à 5 ans, mais qu'après, presque
tout s'arrête. Dans son rapport publié en
octobre 2009, la protectrice du citoyen a
d'ailleurs noté «qu'aucune étude n'a encore été
menée pour savoir l'impact de la cessation de
l'ICI au primaire».
Responsable du
programme d'ICI au CRDI Montérégie-Est, Gilles
Lemaire reconnaît que la majeure partie des
investissements va aux enfants d'âge
préscolaire. Mais il souligne que certains
services sont offerts après. «Il ne faut pas
négliger l'apport d'une intervention
comportementale précoce. Pour chaque enfant
qu'on peut aider et qui ne terminera pas sa vie
dans un logement supervisé, ça vaut le coup»,
dit-il.
Cyberpresse/ La Presse 22 janvier
2011
ource :
www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201101/21/01-4362678-autisme-une-approche-remise-en-question.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4362983_article_POS1
Autisme: une approche remise en
question
Ariane Lacoursière
La
Presse
Depuis 2003, les milliers
d'enfants autistes que compte la province
reçoivent tous jusqu'à 20 heures d'intervention
comportementale intensive (ICI) par semaine
entre l'âge de 0 et 5 ans dans l'un des 22
centres de réadaptation en déficience
intellectuelle du Québec. Plusieurs parents
estiment que cela permet d'accélérer le
développement de leur enfant. Mais, à l'inverse,
des experts dénoncent l'inefficacité de cette
méthode, le manque de formation des intervenants
et le coût élevé du programme: 25 millions par
année.
Avec ses grands yeux bruns aux
longs cils, ses pommettes saillantes et son
grand sourire, Mohammed Assouli a l'air
angélique. Mais il y a quelques mois, Mohammed,
que tout le monde surnomme Mimo, a été expulsé
de sa garderie parce qu'il était trop
agressif.
«Il tirait les cheveux. Il
frappait, frappait, frappait. Tout le temps»,
témoigne son père, Badr
Assouli.
Exaspérés, les parents de Mimo
ont consulté des professionnels et obtenu un
diagnostic. Leur fils souffre d'autisme. Parce
que la situation de cette famille était
critique, le centre de réadaptation en
déficience intellectuelle (CRDI) Montérégie-Est
a entrepris rapidement une intervention
comportementale intensive avec Mimo. Cette
technique, appliquée partout au Québec, vise à
accélérer le développement des enfants autistes.
Depuis le début de l'intervention, les parents
de Mimo sont soulagés. «Notre fils a beaucoup
amélioré ses comportements», remarque sa mère,
Ilham Mermoucht.
Le nombre d'enfants
atteints d'autisme ou d'un trouble envahissant
du développement (TED) ne cesse d'augmenter au
Québec. En 2003, on en comptait 23 pour 10 000
habitants?; on en recense aujourd'hui près de
70, dont trois fois plus de garçons que de
filles.
En 2003, le gouvernement a décidé
d'implanter un programme d'aide pour les enfants
autistes âgés de 0 à 5 ans, qui prévoit
essentiellement le recours à l'intervention
comportementale intensive
(ICI).
Aujourd'hui, 878 enfants reçoivent
chaque année ce type d'intervention, qui coûte
25 millions de dollars par année au
gouvernement. Mais ces coûts sont en réalité
bien plus élevés puisqu'il faut y ajouter les
frais de supervision et de préparation des
intervenants. Au seul CRDI Montérégie-Est, le
programme ICI coûte 3,5 millions par année. Il y
a 22 CRDI au Québec.
«L'ICI est coûteuse
parce qu'il faut un intervenant pour un enfant»,
explique le directeur scientifique du centre
d'excellence en troubles envahissants du
développement de l'Université de Montréal
(CETEDUM), le Dr Laurent Mottron. Ce psychiatre
comprend mal que le Québec dépense des sommes
aussi astronomiques dans une méthode qui n'a pas
du tout fait ses preuves (voir autre
texte).
Mais les défenseurs de l'ICI
estiment que cette approche est la recette
miracle pour intégrer les autistes. «On note des
améliorations chez plusieurs enfants avec l'ICI.
Si on n'intervient pas en prévention, on va
payer beaucoup plus cher plus tard en frais de
toutes sortes», affirme le responsable des
services d'ICI au CRDI Montérégie-Est, Gilles
Lemaire.
La pépite de
chocolat
Lundi dernier, La Presse s'est
rendue dans la famille de Mimo, à Longueuil,
pour assister à une séance d'ICI. Dans une pièce
remplie de jouets, l'intervenante, Nathalie
Beaudoin, était assise à une petite table en
face de Mimo, qu'elle invitait à ouvrir des
oeufs en plastique. «Ouvre, Mimo, ouvre»,
disait-elle en faisant un geste d'ouverture de
ses mains. Rapidement, l'enfant a ouvert trois
oeufs. «Bravo!» s'est écriée Mme Beaudoin. Puis,
elle lui a donné une pépite de
chocolat.
Professeure de psychologie à
l'Université du Québec à Montréal (UQAM),
Nathalie Poirier explique que l'ICI suit la
logique «stimulus, réponse, conséquence». «C'est
une méthode d'apprentissage. Quand on demande
quelque chose et que l'enfant le fait, on le
félicite et on peut aussi lui donner des
récompenses.»
C'est ainsi que l'on donne
à Mimo des pépites de chocolat pour l'inciter à
reproduire les comportements voulus.
Éventuellement, ces renforcements alimentaires
seront remplacés par autre chose (période de
jeu, accès à un jouet intéressant...). Après le
jeu de l'oeuf, Nathalie prend Mimo dans ses bras
et lui fait la bascule. Mimo éclate de rire,
joint ses petits doigts et réclame:
«Encore!»
Cette simple demande constitue
un pas de géant pour Mimo. «Avant, il ne
demandait rien. Il frappait partout. Il ne
communiquait pas. On a dû déménager dans un
sous-sol parce que ses crises dérangeaient trop
les voisins du dessous», témoigne M.
Assouli.
«Nous sommes arrivés au Canada il y
a six ans. Nous n'avons pas de famille, ici, pas
de réseau, dit Mme Mermoucht. Avec Mimo, c'était
impossible d'aller au parc pour rencontrer des
gens: il attaquait tout le monde. L'an dernier,
j'ai même annulé notre voyage au Maroc pour ne
pas avoir à le gérer là-bas.»
«On peut
maintenant communiquer avec notre fils. Ils
l'ont décodé», ajoute le père.
Une lutte
de parents
Aujourd'hui âgé de 14 ans,
Marc-Antoine a lui aussi reçu des séances d'ICI
dans sa jeunesse. Tout petit, il ne pouvait pas
rester dans une pièce avec des inconnus sans
faire de crise. «Quand on allait dans les
toilettes publiques, il hurlait dès que le
sèche-mains se mettait en marche», relate sa
mère, Carole Ladouceur. À 3 ans, une
intervention comportementale intensive a été
entamée.
Selon Mme Ladouceur, les progrès
ont été remarquables. Aujourd'hui, Marc-Antoine
est en troisième secondaire dans une école
ordinaire. «J'ai l'impression que l'ICI
fonctionne avec la majorité des enfants. Un peu
comme la chimiothérapie, ça ne permet pas de
guérir tout le monde. Mais ce n'est pas une
raison pour ne pas la donner à tout le
monde.»
En 2000, Mme Ladouceur a intenté
un recours collectif contre le gouvernement du
Québec pour l'obliger à offrir l'ICI à tous les
autistes. Même si les tribunaux ont décidé que
ce n'était pas un traitement médical nécessaire,
plusieurs gouvernements ont décidé depuis de
payer pour l'ICI, dont le Québec.
Selon
le président de l'Association ABA Québec, Marc
Lanovaz, l'ICI est la seule approche qui a
montré des améliorations sur le comportement des
enfants atteints de TED. «Entre 45% et 47% des
enfants qui la suivent peuvent avoir un
comportement typique à 6 ans»,
dit-il.
«En 2009-2010, il y avait 7600
enfants d'âge scolaire atteints de TED au
Québec. C'est le handicap le plus répandu, et il
est en hausse de 24% par année. On ne veut pas
parler d'épidémie, mais ce n'est pas loin. Il
faut faire quelque chose», ajoute Normand
Giroux, professeur de psychologie à
l'UQAM.
Directrice générale de la
Fédération québécoise des CRDI, Diane Bégin est
plus nuancée. Selon elle, le Québec a opté pour
l'ICI parce que c'était la seule façon de servir
une clientèle sur-le-champ: «C'est une exception
qu'on ne devrait pas reproduire. Il n'y avait
pas de consensus autour de l'ICI. Mais un
comité-conseil a décidé d'imposer une technique
clinique uniforme.»
Cyberpresse/
La Presse 22 janvier 2011
Source
:
www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201101/22/01-4362719-autisme-lefficacite-de-lici-critiquee.php
Autisme: l'efficacité de l'ICI
critiquée
Ariane Lacoursière
La
Presse
À l'âge de 1 an, le petit Benjamin
avait tendance à fixer constamment les objets
tournants. Il ne réagissait pas quand on
l'appelait. Après des mois d'attente, le
diagnostic est tombé: Benjamin est atteint
d'autisme. Il a commencé à recevoir les services
d'intervention comportementale intensive (ICI) à
l'âge de 3 ans. «Tu as beaucoup d'espoirs quand
ça commence. On te montre des films où tu vois
des enfants dont la vie a changé grâce à l'ICI.
Après un an, j'ai réalisé qu'il y avait très peu
de résultats», se souvient la mère de Benjamin,
Sophie Bellemare.
Mme Bellemare dit avoir
participé à des dizaines de rencontres avec le
Centre de réadaptation en déficience
intellectuelle. «Au bout de trois ans, mon fils
n'était toujours pas propre, il ne comprenait
pas le langage, relate-t-elle. Je ne voulais pas
qu'il apprenne à lire; je voulais juste des
améliorations dans notre qualité de
vie.»
Benjamin fréquente aujourd'hui une
école spécialisée pour les enfants handicapés.
«Que s'est-il passé? Rien. J'ai l'impression
qu'on a essayé pendant trois ans de faire entrer
un triangle dans un cercle. J'ai cessé de croire
à l'ICI», dit Mme Bellemare. Selon elle, les
efforts devraient être mis du côté des
ressources de répit pour les parents. «C'est ça
qui m'a sauvé la vie»,
dit-elle.
Psychiatre réputé dans le
domaine de l'autisme, le Dr Laurent Mottron est
plutôt critique quant à l'ICI. Selon lui, aucune
étude scientifiquement valable ne permet à ce
jour de dire que cette approche est réellement
efficace. «Oui, il y a des données issues de
différentes recherches. Mais elles sont faibles
scientifiquement. Et elles démontrent que l'ICI
n'a que des effets très faibles pour un tout
petit nombre d'enfants», dit-il.
Le
Québec n'a d'ailleurs jamais évalué l'efficacité
de cette technique, a constaté La Presse. Une
étude longitudinale pour évaluer l'ICI devrait
être lancée cette année, selon la porte-parole
du ministère de la Santé et des Services
sociaux, Noémie Vanheuverzwijn.
Le Dr
Mottron estime que le Québec a opté pour l'ICI
«sous prétexte que c'était la seule méthode
efficace», alors que les preuves scientifiques
sont faibles. Pour ce spécialiste, «ce n'est pas
parce qu'il n'y avait pas d'option à l'ICI qu'il
fallait implanter quelque chose qui fonctionne à
moitié».
En 2003, le gouvernement a
reconnu que «dans l'état actuel des
connaissances, il est difficile de déterminer
l'approche la plus appropriée» pour aider les
enfants TED. Mais il a tout de même décidé
d'implanter l'ICI à raison de 20 heures par
semaine pour chaque enfant. «Il faut évoluer.
Obliger les intervenants à n'utiliser que l'ICI,
ça n'a pas de sens», plaide le Dr
Mottron.
Fondatrice de la clinique
ConsulTED et elle-même autiste, Brigite Harisson
critique fortement l'ICI. «C'est vrai qu'avant
il n'y avait rien pour les enfants autistes.
Mais l'ICI n'aide pas plus! On aide les parents
à se sentir mieux en éliminant les comportements
dérangeants des autistes. Les enfants sont des
rats de laboratoire. On teste l'ICI sur eux sans
savoir s'il y a des effets secondaires!»
déplore-t-elle.
Chercheuse autiste
affiliée à la Clinique spécialisée de l'autisme
de l'Université de Montréal, Michelle Dawson est
elle aussi critique. «Toutes les études sur
l'ICI ont des résultats différents, dit-elle. Et
plusieurs études dont les résultats sont
positifs sont de piètre qualité. Accepter des
recherches de piètre qualité en autisme, ça
laisse entendre que les autistes méritent des
standards plus bas que les autres. C'est
inacceptable.»